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RDC : L’état de siège est-elle une réponse appropriée à une guerre asymétrique?

KINSHASA, le 11 Mai 2021 MNCTV—— En RDC, l’actualité reste dominée par l’état de siège décrété par le Chef de l’État au Nord-Kivu et en Ituri. Ce, dans le but de rétablir la paix dans ces deux provinces en proie à l’insécurité depuis plus de trois décennies maintenant. Cependant, cette démarche suscite beaucoup de réactions au sein de la classe socio-politique congolaise.

Est-ce c’est pour une consommation de la population ou une décision prise consciencieusement.? 

D’après les ordonnances présidentielles signées lundi 3 Mai dernier par le Chef de l’Etat, ces deux provinces citées ci-haut sont  passées depuis jeudi 6 Mai, sous une administration militaire pour une durée de trente jours, prolongeable par le Congrès. Leurs gouverneurs et vice-gouverneurs suspendus ont été remplacés par des gouverneurs militaires et vice-gouverneurs issus des rangs de la police. Les juridictions civiles ont également cédé les pas à des cours militaires.

Mais le pari est très risqué. Les provinces orientales du pays sont en proie à l’insécurité depuis les deux guerres du Congo (de 1996 à 1997, puis de 1998 à 2003) et les groupes armés ont prospéré dans ces zones riches en ressources minières, frontalières de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi.

En 2020, le baromètre sécuritaire du Kivu n’en recensait pas moins de 122. Parmi eux, les ADF (Forces démocratiques alliées), un groupe islamiste qui sévit dans la région de Béni au Nord-Kivu et est accusé du massacre de plus de 1 000 civils depuis novembre 2019. Et malgré les annonces régulières des autorités sur les « offensives d’envergure » menées par l’armée congolaise, la situation s’est empirée ces dernières années. 

Face à ce cycle sans fin de violences, les populations de cette partie du pays ont multiplié des manifestations  début avril à Beni et Butembo pour demander l’aide du gouvernement et le départ de la Monusco, la force de l’ONU en RDC. Celle-ci régulièrement critiquée pour son inaction. Les élèves en uniforme ont même pris d’assaut la Mairie de Beni pour exiger l’arrivée du Chef de l’État. Félix Tshisekedi qui a promis d’installer l’état major dans cette partie du pays pour éradiquer cette insécurité  s’est vu obligé de décréter un état de siège. 

Mais la réponse du pouvoir et la mise en place d’une administration militaire font grincer des dents dans le pays et soulèvent beaucoup d’inquiétudes. L’état de siège donne des droits étendus aux autorités militaires entre autres : la perquisition à toute heure, la possibilité d’interdire la circulation ainsi que les publications et réunions « de nature à exciter » les populations. Les autorités militaires ont le droit de prendre « toute décision » qu’elles jugeront utile.

Ça craint, oui ça craint selon certaines sources sur place. Celles-ci indiquent que les officiers militaires dans l’est de la RDC sont régulièrement accusés de violations des droits humains : viols, assassinats, massacres, exploitation illégale des ressources, vente d’armes aux groupes armés… Chaque mois, le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BNUCDH), qui surveille ces abus, pointe du doigt les forces armées congolaises. Elles étaient responsables de 35 % de ces violations en Février 2021, et de 49 % en Janvier 2021.

« Quand on connaît le fonctionnement de l’armée congolaise en temps normal, et la difficulté qu’ils ont à s’administrer eux-mêmes, on est inquiets à l’idée qu’ils aient à gérer deux provinces entières », confie une source Onusienne.

Le mouvement citoyen Lucha, à l’origine des manifestations dans le Nord-Kivu, a dit « craindre que l’état de siège ne donne lieu à une situation de non-droit et à une multiplication des bavures policières et militaires. Une méfiance partagée par une grande partie de la société civile ». 

« Pour l’instant, on a plus d’inquiétudes que d’assurance a déclaré Rodrigue Ngasembere, militant d’une organisation de défense des droits humains. On aimerait que des mécanismes de protection soient mis en œuvre pour limiter les bavures. Quand on voit comment les manifestations ont été réprimées, et les participants poursuivis en justice, il n’y a pas de quoi être optimiste. »

La Monusco, quant à elle, a pris acte de la décision et assure rester disponible pour aider et soutenir les autorités. 

Junior IKA

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